Laurent PETIT

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Accueil / Note sur l'Inde

You’re welcome in India
Aéroport International de New Delhi – 6h a.m.
Dans le taxi que j’ai pris à la sortie de l’aéroport (qui m’a pris devrais-je plutôt dire, car en Inde si vous hésitez ou semblez perdu, on vient vite s’enquérir de vos besoins, vous êtes comme happé par le mouvement) j’observais et j’attendais impatiemment d’entrer dans la ville. Drôle de sensation sur le parcours de s’apercevoir que Delhi est un peu comme une ville en construction mais où l’on hésite sur le « pas fini », « pas encore commencé » ou « abandonné ».

Raja Hindustani
Après quelques heures de sommeil, je suis repassé à l’office de tourisme qui m’avait indiqué un hôtel - plus ou moins affilié je suppose – pour retirer quelques informations et un plan sur Delhi. Désirant aller au cinéma pour changer de quartier, je profite de leur proposition de traverser la ville en scooter à trois. Leur conduite est si folle et désorganisée qu’il m’a bien fallu quelques minutes pour réaliser qu’ici on conduit… à gauche. A chaque carrefour cela ne semble pas évident. Il est curieux aussi de pouvoir quitter subitement son travail pour aller voir un film de trois heures du genre mélo-dramatique, entre le sitcom tourné en extérieur, le roman photo filmé et Dallas (en plus drôle ou plus niais selon vos goûts). Le film, assez connu ici, s’appelle « Raja Hindustani ». Dans une scène, hormis les robes des filles qui changent de couleurs à chaque plan pendant une danse, on voit aussi l’acteur principal s’énerver et casser la figure à ses rivaux sentimentaux, tout cela devant une assemblée de badauds statiques qui semblent être là sur le tournage et qu’on aurait laissés dans le cadre. C’est marrant et lassant aussi. C’est du Bollywood cinéma, ce n’est pas Satyajit Ray.

Fête dans « Main bazaar »
Impossible n’est pas Indien. Une foule, comparable aux heures de pointe dans le métro parisien, comprimée dans une rue étroite. Qu’à cela ne tienne, les Indiens peuvent néanmoins transporter un plateau avec service à thé et tasses, une autre personne deux valises sur la tête et une troisième traverser ce flot humain avec un miroir…

Un enfant misérable !
Sous un pont j’ai vu un enfant en haillons, avec son baluchon pour seul trésor. Un enfant dans la misère. Mais un enfant avec un sourire radieux, merveilleux. Je pense souvent que j’ai du mal à comprendre ce que je vois ici… Cela me rappelle aussi une chanson : « je pense que la misère serait moins pénible au soleil… »

Quelques secondes d’inattention…
Ce que l’on retient le plus de l’Inde, ce sont les trajets et les gens qu’on y croise. Mais ce qui ne vous empêche pas de rester sur vos gardes… Après quelques hôtels miteux ou spartiates (mais à quelques roupies la chambre, inutile de chercher autre chose que quatre murs et le lit au milieu) je suis descendu dans un hôtel plus confortable pour récupérer un peu. Une douche tiède, je retourne en ville poster du courrier… Je croise sur le trottoir un indien qui se promène avec son fils d’une douzaine d’années : grignotant un paquet de cacahuètes que je viens d’acheter, l’enfant me propose un gâteau « industriel » que j’accepte pour faire échange. Manque de vigilance de ma part : quelques minutes après je n’ai pas le temps de boire le thé qu’il veut m’offrir, je m’écroule dans le coma en pleine rue et me réveille 24 heures après à l’hôpital. On me raconte qu’il ne me reste que la clé de l’hôtel qui est déjà prévenu : plus de sac, plus de travellers, plus d’appareil photo… Passé un instant d’abattement je crois que c’est l’appareil qui me manque le plus, le reste on peut trouver moyennant quelques efforts. Un coup de téléphone à Paris pour avoir de l’argent et direction l’ambassade de France…

Morale australienne
De retour à mon hôtel à Jaïpur, les responsables tenus au courant me donnent généreusement de l’argent pour que je puisse retourner faire une déclaration à l’ambassade de France à New Delhi et récupérer des papiers. A l’hôtel je croise un australien qui lui aussi me donne quelques dollars et semble épaté quand je lui dis que je continue mon voyage. Il me dit que je suis « mort mais encore rempli de forces », un proverbe du genre « he’s killed but always strong ». Après Delhi, Agra et Jaïpur, je continue le voyage : Delhi (à nouveau) – Bénarès – Népal – Bénarès – Goa et Bombay. Sans photographie. Deux mois de voyage.

Bénarès, Sarnath et Ram
Bénarès est une belle ville qui bord le Gange. C’est la ville la plus sacrée de l’Inde. Son nom actuel est Varanasi. Pour apprécier les villes indiennes il faut savoir oublier la pollution et la foule. C’est l’architecture de la ville qui fait sa beauté mais aussi son étrangeté avec les ghats (marches, escalier) omniprésents qui descendent dans le Gange et où les hindous se recueillent. Aux derniers ghats à l’extrémité de la ville, les « burning ghats », ont lieu les crémations.

Je suis allé à Sarnath dans la ville bouddhiste à quelques kilomètres de Bénarès. Heureusement que j’avais pris la sage décision (quand on va vers le bouddhisme autant être sage) d’y aller en cyclo-rickshaw. La visite m’a semblé touristique et ennuyeuse. Mais il est bien difficile de comprendre les multiples religions ou confessions indiennes et ce n’est pas la simple visite d’un temple ou d’un musée qui va vous convertir. Heureusement, donc, que Ram mon conducteur de rickshaw était là. On a pu déjeuner ensemble dans une petite échoppe indienne : sorte de campement comme on en trouve partout en Inde, propre mais si terreuse que l’on voit comme sale au début. Pendant que nous mangions un thali, il m’a parlé de son travail : il ne gagne que 30 roupies par jour (environ 20 euros par mois). Le cyclo qu’il conduit n’est pas à lui, il appartient à son « boss », qu’il semble bien apprécier. Si j’ai bien compris c’est son patron qui l’a sorti de la misère. Alors il ne se plaint pas, malgré ses neuf heures de cyclo par jour et ses trente roupies (je n’ai pas bien compris si son salaire était fixe ce qui semblerait étrange). Par contre je comprends pourquoi il semblait depuis quelques jours (je l’ai rencontré à mon arrivée à Bénarès) intéressé par la ballade à Sarnath : même avec deux heures de trajet aller-retour cela devait lui sembler plus passionnant que la circulation en pleine ville. Il faut dire que les conducteurs de rickshaw sont d’une grande patience : il peuvent vous attendre des heures pour faire le retour.

Je suis retourné, après le déjeuner fini ainsi que la cassette de pop hindi mise sur le volume maximum (toujours des diodes rouges en Inde), à ma visite bouddhique en pensant à Ram : il avait dû m’éveiller à quelque chose de la réalité indienne... Une "réalité rugueuse". La visite terminée, après s’être offert des chaï (thé indien) et des beedis (cigarettes) je lui ai payé sa course, l’unique de l’après midi. Il était satisfait : «If you happy, I’m happy ».
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